l'histoire-Astrid

Astrid

Je déteste perdre mon temps. Je ne suis jamais en retard. Je déteste les surprises.
Je prévois l’imprévisible, je lui dégage du temps. Et si l’imprévisible ne se présente pas, je profite de l’instant présent ou je prends de l’avance sur demain.
Dans ma vie personnelle, tout ce qui est chronophage et qui n’apporte pas de plaisir est organisé pour ne pas perdre de temps. Le planning des repas ou des lessives, le rangement du lave-vaisselle, la gestion de l’administratif, tout est organisé et décomposé en micro-tâches automatisées.
Mon quotidien professionnel est cadré, organisé, minuté. Certains m’envient mes dossiers colorés soigneusement placés sur mon bureau et dont la tranche révèle le contenu, ou me disent que travailler à mes côtés est apaisant malgré le rythme soutenu. D’autres me disent que mon besoin de tout contrôler est maladif et effrayant; ceux là me détestent bien souvent.

Ne pas perdre de temps avec l’inutile. Le temps est une donnée trop précieuse pour être gâchée. Perdre du temps pour l’inutile, c’est prendre le risque de passer à côté de quelque chose de plus important. Prendre le risque de passer à côté de quelque chose, tout simplement.

La réalité c’est que j’ai peur. J’ai peur d’être surprise, d’être prise au dépourvu, et de ne pas savoir réagir, de perdre le contrôle, de perdre la face, d’être ridicule en définitive. Et si je perds le contrôle, je risque de m’arrêter, de ne pas pouvoir redémarrer, et que la vie continue sans moi.
Parce que cette peur là est paralysante. Elle n’est pas comme celle qui nous pousse à fuir un danger; non, c’est une peur qui bloque la respiration et qui vous cloue sur place, comme si le corps tout entier s’était vidé de son sang, de sa vie.
J’ai peur de rater quelque chose, de ne plus être dans le jeu, de ne plus y avoir ma place. Ce serait comme ne plus appartenir à ce monde, ne plus y être admise.

J’ai pris conscience de cette peur, j’ai essayé de l’accepter, mais ça ne l’a pas faite taire. Alors j’apprends à avancer malgré elle, ou plutôt avec elle.
Je m’aide de béquilles. Au bureau, un logiciel que j’ai personnalisé pour organiser mes journées et classer tout ce que contient ma tête, des dossiers colorés soigneusement classés pour tout retrouver instantanément, et gagner ainsi du temps pour planifier la suite, et pour être avec les autres, avancer avec eux, à leurs côtés.

A la maison, des tâches automatisées pour la logistique, afin de garder du temps pour l’agréable, pour les moments en famille, les amis, les loisirs. Ranger les clous classés par tailles au même endroit que les marteaux, les moules à gâteaux pas loin du four, les épices au dessus de la table de cuisson, classer le linge sale dans différents paniers à côté de la machine à laver. Dans mes loisirs, c’est classer mes tissus et mes patrons de couture par type de projets. Et juste à côté de la machine à coudre, classer mes bobines de fils par couleurs avec la canette assortie, et mes aiguilles par type d’utilisation, dans un carnet dédié joli et fonctionnel.

La peur de rater quelque chose est toujours présente, mais en me sachant équipée et organisée, j’arrive désormais à ne plus être désarçonnée face à l’imprévu, et ça, c’est une très belle victoire.


*Toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé serait, évidemment, purement fortuite…

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