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Edouard

Mon corps tout entier est secoué de spasmes et de tremblements, que je tente de contenir sans grand succès.
Je fais face à ce qui me semble être un trou béant, un vide immense, et un vertige s’empare de moi.
Dans mon dos, je sens la présence et le regard des autres sur moi. Il y a la douceur et la bienveillance de ceux qui souffrent autant que moi, et celui de Serge. Le vieil oncle Serge, dont le regard froid et dur signifie: « ne soit donc pas ridicule … tu nous fais honte« .

Je m’entends te supplier dans un cri de ne pas m’abandonner, de ne pas me laisser, que j’ai tellement besoin de toi.
Ca n’est qu’un cri intérieur; je suis incapable de prononcer le moindre mot tant ma gorge est nouée. Je sens un poids sur ma poitrine, comme si mon torse était écrasé de toutes parts. Je peine à respirer. Mon corps n’est que douleur et peine.
Je sens que mes jambes ne me portent plus, que je m’effondre sous le poids de la douleur.

Accroché à mon bras, celui de Maman. On fait illusion, celle du fils qui soutient sa mère dans ce moment si difficile.
En réalité, c’est grâce à elle si je tiens debout.
C’est au moment où les 6 hommes soulèvent ton cercueil pour le descendre au fond du trou que je déborde, et que des larmes dévalent mes joues dans un sanglot que je ne peux retenir.

J’ai 58 ans, et je pleure comme un gosse.

Je sens ma mère qui s’agite, qui fouille dans son sac à main. Elle en sort ce que je reconnais être, au travers de mes larmes, des mouchoirs.
Elle en porte un à son visage, sur sa bouche, et me tend le second. Ce n’est pas un simple mouchoir mais un de tes mouchoirs à toi, je le sais, je le reconnais maintenant.
Ce que je reconnais également c’est l’odeur de l’eau de toilette que tu as toujours portée, et qu’elle a pris soin de vaporiser dessus.

Et tandis que je m’enivre de ce parfum, mes larmes se tarissent et mes sanglots se calment.
Par la magie de la mémoire olfactive, me revient à l’esprit ce jour de mes 6 ans où j’ai largement abusé de cette eau de toilette dans l’objectif d’aller parler à Suzanne et faire en sorte qu’elle tombe amoureuse de moi, plutôt que de Thomas que je considérais comme mon pire ennemi.
Je ne peux réprimer un sourire.
J’avais mis tellement de parfum ce jour-là qu’elle a du me faire reprendre une douche en urgence avant de partir à l’école. J’ai embaumé mon environnement pendant 2 jours, et on en a ri pendant des années!

Le mouchoir toujours sur les lèvres, je te regarde gagner ta dernière demeure, et des larmes envahissent à nouveau mon visage.
Il n’y a plus de sanglots, plus de cris contenus, il n’y a qu’une peine aussi immense que le vide que tu laisses et avec laquelle il va maintenant falloir apprendre à vivre.
Pour combler l’absence et le vide, il y a des milliers de souvenirs; au moins un pour chaque jour, en cherchant bien.


*Toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé serait, bien évidemment, purement fortuite.
(mais si vous vous reconnaissez un peu, faites moi signe… )

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