l'histoire-Elodie

Élodie

C’est ma grand-mère qui m’a appris à coudre, j’avais 7 ou 8 ans la première fois, je me souviens! Elle avait une machine Singer, et elle nous cousait des robes! Avec mes cousines, on avait toutes la même; quand nous étions toutes en vacances ensemble on s’amusait à s’habiller pareil, on rigolait bien!

Pour nous, ma grand-mère avaient trouvé une petite machine à coudre; ça ressemblait à un jouet tout en métal, grise et bleue, je me souviens! Il fallait tourner le volant avec une manivelle pour faire fonctionner la machine, faire bouger les griffes et actionner l’aiguille. Qu’est-ce qu’on a pu coudre comme trucs improbables pour nos Barbies! Notre grand-mère nous gardait toujours les chutes de ses tissus à elle, c’était un vrai trésor…

Oh, et le plus grand trésor, c’était sa boite à boutons! Rhôlala…
Elle gardait précieusement des dizaines et des dizaines de boutons dans une boite de Benco.
Quand on était petits, on pouvait jouer avec la boîte fermée, et plus tard, on avait le droit de fouiller dedans. Je me souviens avec ma cousine Sophie, on s’amusait à les trier par couleurs, on faisait des petits tas et on jouait à la mercière! On vendait même les chutes de tissus!
Et quand elle ne nous voyait pas, on filait chercher sa boite à bobines de fils de toutes les couleurs, et ses fils à broder aussi, parce qu’elle brodait aussi, et elle tricotait, elle savait faire tellement de choses de ses mains, elle était incroyable, même si elle n’avait jamais fait d’études.
Elle nous emmenait avec elle chez sa mercière, et c’était comme la caverne d’Ali Baba! D’ailleurs aujourd’hui, quand je vais dans un magasin de tissus, ça me fait toujours le même effet, je suis incapable de me retenir.
Les joueurs addicts finissent par être interdits de Casino; moi un jour je serai interdite de mercerie et de magasins de tissus!!!

Je dis que ma grand-mère ne nous voyait pas prendre ses bobines de fils, mais elle devait bien s’en rendre compte, à force de retrouver tous les fils emmêlés!!! Quel bazar on mettait! Mais elle ne disait rien. Elle était tellement gentille, tellement patiente, ma petite Mémé douceur… je l’aimais tellement.
Apprendre à ses côtés était un vrai bonheur, elle m’encourageait, elle me montrait toujours ce qui était réussi, et quand rien ne l’était, parce qu’au début j’étais vraiment nulle, elle m’encourageait à recommencer, à essayer encore.
Je me sentais douée dans son regard, je me sentais importante.

Depuis je couds, je découds, je recommence jusqu’à ce que je sois satisfaite. Je me fais des vêtements qui n’appartiennent qu’à moi, qui sont uniques, pour me sentir unique et me donner de la valeur. C’est la seule activité qui me fasse autant de bien, qui me détende vraiment. Bon, même quand parfois j’insulte ma machine parce que rien ne va comme je veux!!!
Je râle parfois, mais je me sens tellement heureuse quand je couds! C’est bizarre parce que je me sens nulle pour beaucoup de choses, mais face à ma machine j’y mets tout mon coeur, et je sais que c’est ça qui fait que ce que je couds est aussi réussi.

Parce qu’en réalité, je doute toujours, je trouve toujours que ce que font les autres est tellement mieux que ce que je fais moi, qu’ils font mieux et plus. Dans mon boulot, je me fais toute petite, je me sens tellement nulle que je ne prends aucune initiative. Alors je me rattrape le soir et le week-end, avec ma machine à coudre.
J’ai peu de temps, pour parfois des projets assez complexes, avec beaucoup de morceaux, alors je suis très organisée, tout est préparé soigneusement, le tissu que je vais utiliser, que j’ai déjà décati, le patron, les machines équipées des bonnes bobines de fil et les aiguilles adaptées.

Bon, je dis que je suis organisée, mais mon chéri trouve quand même que j’en mets partout! Il râle souvent parce qu’il trouve du fil jusque dans ses chaussettes ou même pire!!!! Il râle, mais il finit toujours par me dire que je suis belle. Je lui réponds que c’est mes vêtements qui font ça. Lui dit que les vêtements sont beaux parce que c’est moi qui les porte…

Ca me fait du bien, je me sens belle dans ses yeux! Et puis, je suis heureuse de créer tout ce que je couds, je me sens libre!
Et quand je couds, je pense à ma grand-mère, je sais qu’elle serait fière de moi, même si moi je continue à douter toujours un peu…


*Toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé serait, bien évidemment, purement fortuite.
(mais si vous vous reconnaissez un peu, faites-moi signe!) 😉

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