Moulin de Chevillé

Les résultats du CAP MMVF

Où il est question de bonnes ou de mauvaises décisions.

Je sais que je couds lentement. Je suis précise, j’aime que les choses soient réalisées dans les règles de l’art, et je peux recommencer un certain nombre de fois pour être pleinement satisfaite. De ce fait, je suis lente. (et parfois inactive, mais c’est une autre histoire de perfectionniste…).
Lorsque j’ai cousu la veste Agathe, je me suis rapidement rendu compte qu’il allait falloir être efficace et concentrée lors de l’épreuve de pratique.

Et ce fut le cas.
Si la première journée s’est plutôt bien passée, je me suis rapidement rendue compte que le temps était vraiment compté au vu de ce qu’il me restait encore à coudre.
A l’issue de la deuxième matinée, après avoir fait beaucoup d’erreurs, et perdu beaucoup de temps à défaire et refaire, je me suis rendue compte que l’affaire prenait une mauvaise tournure.

Depuis 2 ans que je prends le train deux fois par jour pour me rendre au travail, j’ai pris l’habitude de dire quand manifestement un départ trop tardif risque de me faire rater le train:

On n’a pas râté le train tant qu’il n’est pas parti.


Ce midi là, quand j’ai échangé avec mon compagnon, un peu désespérée, et c’est cette phrase là, ce mantra là qu’il m’a redit.
Autrement dit « N’abandonne jamais, tu ne sais pas ce qui peut arriver« .
Il m’ait cependant apparu évident qu’il allait falloir prendre une décision:
« Continuer sur ma lancée au risque de ne pas finir » ou « coudre plus vite au détriment de la qualité. »

La légende disant qu’il fallait avoir fini pour obtenir à minima la moyenne, j’ai décidé de passer outre mes exigences de qualité, pour coudre plus vite.
J’ai attaqué la pose de la fermeture invisible en me disant « j’ai 30 mn, quel que soit le résultat, ça reste comme ça ». La réalité est sans doute que si ça avait été totalement raté, je l’aurais quand même repris. Mais là, j’ai accepté douloureusement de laisser les 2mm d’écart au niveau de la couture de jonction du corsage et du short. Douloureusement, car c’est une des étapes qui se devait d’être validée par l’examinatrice, et que son regard et son haussement de sourcil m’ont clairement fait qu’on était loin de la perfection.
La suite est dans le même ordre d’idée. Les passants sont posés, mais pas le plus soigneusement qui soit. Que dire des montages de manches quand je n’ai pas réussi à re-régler la tension de la piqueuse plate correctement…
Au final, je n’ai même pas eu le temps de finir les ourlets bagués, ni même d’éplucher et repasser le vêtement.

Gare de Kings Cross

J’ai le sentiment amer d’avoir raté le train.


Ce n’est pas mentir de dire que je suis sortie de l’atelier à la fin de l’épreuve, profondément déçue et même humiliée. Car si le stress était très présent, j’avais tout de même en tête que mon niveau de couture n’était pas mauvais. J’étais déçue de ne pas avoir fini, déçue d’avoir bâclé mon travail.

Durant ces dernières semaines, je me suis interrogée sur cette décision; avais-je fait le bon choix? N’aurais-je pas dû garder ma ligne de conduite de travail soigné mais lent?
Ça m’a beaucoup travaillée; plus j’y pensais et plus je me disais qu’au final ma production était vraiment médiocre, qu’il était probable que je ne sois pas reçue, et que si tel est le cas, je retenterai l’aventure en 2020.


Et puis les résultats sont finalement tombés il y a 2 jours, bien plus tôt que je ne l’imaginais.

Et c’est avec une joie immense que j’ai découvert que je suis reçue!

Je suis même reçue avec d’excellentes notes puisque j’ai eu 19/20 à l’épreuve PSE, 17/20 à l’épreuve EP1 (théorie) et 17/20 à l’épreuve EP2 (pratique)!!

Ce qu’on peut retenir en premier lieu, c’est qu’on n’est pas toujours lucide sur son propre travail. Je me suis vue rater le train, tandis que pour les examinateurs j’étais bel et bien dedans.

Et cette décision, est-ce que ça a été la bonne? Sans doute puisque je suis reçue.
Mais si j’ai eu une aussi bonne note, est-ce que ça n’est pas surtout pour la qualité du travail effectué avant de mettre la rapidité en avant?
Que serait-il advenu si j’avais continué avec pour seul objectif la qualité? J’aurais posé une fermeture invisible de manière parfaite, et mes manches seraient montées proprement, mais je n’aurais probablement pas pu montrer que je savais réaliser un ourlet invisible à la main, même si je n’ai pas eu le temps de le finir…
Au final, impossible de savoir.

Ce qui prouve qu’une décision n’est en soi ni bonne, ni mauvaise. C’est ce qu’on fait de cette décision qui la rend bonne ou mauvaise.

Une décision est bonne à partir du moment où elle est assumée, c’est à dire qu’elle accompagne un objectif clair, qu’on en tire profit au maximum, et surtout, qu’on ne revient pas dessus.

Photos: Moulin de Chevillé (72), et Gare de Kings Cross (Londres).
Le rapport entre le moulin et le sujet? Entre le bras d’eau qui mène au moulin, ou celui au long cours de la rivière, quel est le bon choix?

1 réflexion sur “Les résultats du CAP MMVF”

  1. Ping : L’art de prendre des décisions (et si possible, les bonnes…) – – Sous la Carapace des Ours –

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *