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Marion

– Hè Sam, tu étais à 2 doigts d’être en retard…
– Oui, c’est ce qui fait mon charme, tu sais bien! Comment vas-tu Mamayon? Tu avais l’air chagrin dans tes messages, y’a un souci?
– Oui, enfin non, pas vraiment. Rien de grave évidemment, mais un poste vient de me passer sous le nez, c’est ma collègue Diane qui l’a eu, et ça me rend dingo parce qu’elle a déjà tout.
– Et toi, tu es une pauvre fille qui n’a rien.
– Arrête de te fiche de moi, Sam! Mais avec ce poste, j’aurais eu une augmentation de salaire, et j’aurais peut-être pu déménager pour un appart plus grand. Elle, elle est mariée à un beau gosse pété de thunes , ils ont déjà tout.
– C’est peut-être pas l’appât du gain qui la motivait?
– Non, mais peu importe, m3rde, ça me casse les pieds, cette histoire!
-Attends, que je comprenne, le problème c’est le poste ou c’est Diane?
– Mais c’est les deux! Elle m’agace, elle a tout ce que je voudrais, je me sens tellement minable, tellement ridicule à côté d’elle.
– Tu ne serais pas un peu jalouse, toi?
– Non, je suis envieuse, c’est différent.
– Tu joues sur les mots, l’idée est la même, il me semble. Si tu te sens ridicule à côté d’elle, commence peut-être par t’éloigner?!
– On bosse ensemble, Sam, c’est impossible! Tu m’agaces toi aussi à croire que c’est si simple, qu’il suffit de s’éloigner!
– Je ne dis pas que c’est simple; tu es entière, d’une grande sensibilité, avec une self-estime au ras des pissenlits, donc ça va être compliqué, c’est certain … Mais ça me semble primordial de prendre des distances par rapport à ce qui te blesse.
– Je ne comprends pas cette histoire d’estime, pourquoi pour toi ça roule et moi ça coince, alors qu’on sort de la même bulle?
– Je ne sais pas Mamayon. Bon, et cette Diane, pourquoi elle a eu le poste?
– Elle a fait une grande école et a été diplômée avec de supers notes, elle est super organisée, ses dossiers sont hyper rigoureux, elle est toujours ponctuelle.
– Et toi?
– C’est de la torture, Sam, tu me forces à me comparer à elle, je fais déjà ça en permanence…
– Et ben comme ça tu vas répondre facilement! Bon en quoi tu diffères d’elle au niveau pro?
– J’ai presque tout appris sur le tas, et je suis lente, j’ai besoin de plus de temps. Mais j’ai un excellent contact avec les clients et je suis plus à l’aise en présentation orale. J’ai plus de sensibilité dans les contacts humains.
– Et au niveau perso?
– [soupir] Elle est immense, toujours impeccable. Mariée à un beau gosse, propriétaires d’une superbe maison, et elle s’habille jamais deux fois pareil. Hier, elle est encore arrivée avec un nouveau sac griffé en croco qui a du lui couter 3 reins.
– Depuis quand tu aimes le croco, toi?
– C’est pas le croco, mais je n’arrive pas à me défaire de l’idée qu’acheter une grande marque, c’est avoir un certain standing, c’est une forme de reconnaissance dans la société, être reconnu comme quelqu’un de valable. Je sais que ce sont des valeurs qui n’ont plus cours et qui n’ont jamais eu cours dans la famille, mais j’ai du mal à m’en défaire.
Moi, j’achète la plupart de mes fringues en seconde main, et je les porte jusqu’à l’usure.
– Et pour quelle raison?
– Parce que c’est plus économique, et que je trouve ça bête d’acheter neuf alors qu’on jette du presque neuf…
– Et ce sac pas en croco, c’est quoi?
– Ah c’est mon nouveau sac! Tu as vu comme il est beau? Il est en coton bio, je l’ai fait faire sur mesure par une artisane! Et elle fait plein d’accessoires qui vont avec, des pochettes, des trousses!
– C’est sur que du croco bio, c’est moins facile à trouver! Chez Haribio, peut-être?
– Gros malin, va.
– Bon, je résume: tu es chaleureuse, avec un excellent contact, des convictions humaines et écologiques qui t’amènent à faire travailler des artisans plutôt que de grande marques qui font peut-être travailler des enfants en Chine.
– Tu caricatures …
– Oui, mais c’est parce que je suis pressé, et pour que tu comprennes que tu as tes propres valeurs et qu’elles sont tout à fait respectables. Tu es différente de madame Croco, mais pas moins bien. Différente, Marion. Laisse la suivre son chemin et occupe-toi du tien, détaches-toi de ce qui te blesse. Tu es un être de grande valeur. Je suis persuadé que tu finiras par avoir un poste à ta hauteur, où tu seras mieux à gérer de l’humain que de monter des dossiers impeccables.
– oui, sans doute.
– Maintenant j’y vais, j’ai un RV.
– Tu n’as pas fini ta journée?
– Je n’ai pas parlé de RV pro! Je te laisse régler les consos, gros bisous Mamayon, et à bientôt!
– Hè pas si vite, tu en as trop dit! C’est qui ce RV? Et t’es gonflé, c’est toujours moi qui paye!
– Ca te revient moins cher qu’une séance chez un psy, non? Alors de quoi tu te plains!!!
– C’est un peu prétentieux, mais pas faux. Merci fréro!


*Toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé serait, bien évidemment, purement fortuite.
(mais si vous vous reconnaissez un peu, faites moi signe
…)


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